Comment Crypto Master calcule votre formulaire 2086
Tout est publié : la formule, les lectures retenues quand la loi ne tranche pas, ce que l’outil ne sait pas chiffrer, et ce qu’il ne simule pas. Vous pouvez tout vérifier avant de recopier un chiffre.
Un outil d’aide au calcul, pas un conseil fiscal. Les montants sont indicatifs : le dépôt de la déclaration et sa responsabilité restent les vôtres, et un professionnel peut trancher ce que la loi laisse ouvert. Droit pris en compte : celui en vigueur le 10 octobre 2026 — le projet de loi de finances pour 2027 n’est pas voté.
Ce qui est une cession, ce qui est une acquisition
Le 2086 ne porte que sur les cessions imposables. Crypto Master les repère dans vos transactions en lisant les deux jambes de chaque échange : ce qui entre, ce qui sort, et si c’est de la monnaie d’État :
- Une cession : vous recevez de la monnaie d’État (euro, dollar…) contre un actif numérique. Un retrait que vous avez qualifié « Achat d’un bien ou d’un service » en est une aussi : vous avez payé avec vos cryptos.
- Une acquisition : vous payez en monnaie d’État pour recevoir un actif numérique. Un dépôt que vous avez qualifié « Paiement reçu pour un bien ou un service » ou « Don ou cadeau reçu » en est une aussi, à sa valeur du jour.
- Ni l’une ni l’autre : un échange entre deux actifs numériques (en sursis d’imposition, CGI art. 150 VH bis, II-A), un change entre deux monnaies d’État, un virement entre vos comptes, un mouvement d’épargne.
Un dépôt ou un retrait que vous n’avez pas encore qualifié, et que l’outil ne sait pas apparier à un virement entre vos comptes, reste « en attente » : l’outil ne devine pas ce qu’il est, et il élargit en conséquence la fourchette de l’année (voir plus bas).
La formule
Pour chaque cession, le formulaire 2086 donne la plus-value par la formule du CGI (art. 150 VH bis, III) :
plus-value = ligne 218 − ligne 223 × ligne 217 ÷ ligne 212
- 212
- Valeur globale du portefeuille au moment de la cession
- 213
- Prix de cession
- 214
- Frais de cession
- 217
- Prix de cession net des soultes, brut des frais
- 218
- Prix de cession net des frais et des soultes
- 220
- Prix total d’acquisition
- 221
- Fractions de capital initial des cessions antérieures
- 222
- Soultes reçues lors d’échanges antérieurs
- 223
- Prix total d’acquisition net, 220 − 221 − 222
Il y a deux prix de cession, et c’est le piège. Le quotient prend la ligne 217, brute de frais ; le premier terme prend la ligne 218, nette de frais (BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-20, § 50). Les frais ne diminuent donc que le premier terme.
Le calcul est séquentiel. Chaque cession retire du prix total d’acquisition la fraction qu’elle contient (ligne 223 × ligne 217 ÷ ligne 212), et la suivante part de ce reste, d’une année sur l’autre : le compteur ne se remet jamais à zéro au 1er janvier. C’est pourquoi une inconnue se transmet aux cessions suivantes.
L’exemple officiel
BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-20, § 110. Vous avez acquis pour 1 000 €. En mars, votre portefeuille vaut 1 200 € et vous cédez pour 450 € : 450 − 1 000 × 450 ÷ 1 200 = 75 €. En août, il vaut 1 300 € et vous cédez tout : 1 300 − (1 000 − 375) × 1 300 ÷ 1 300 = 675 €. Total de l’année : 750 €.
Un cas que les exemples officiels n’exercent pas, construit par nos soins : les frais. Avec 10 € de frais sur la première cession, la plus-value est de 65 €, et non de 73,33 € : le quotient reste 450 ÷ 1 200.
Les deux exemples chiffrés du BOFiP (§ 110 et § 120) et ce cas avec frais font partie des tests du code : s’il cessait de retrouver exactement leurs résultats, les tests échoueraient. Le calcul se fait en nombres décimaux exacts ; on n’arrondit à l’euro qu’à l’affichage.
La valeur globale du portefeuille, et ce que le calcul suppose
La loi demande la valeur de tous vos actifs numériques au moment de la cession. Crypto Master ne descend pas sous le jour : voici, point par point, ce que son calcul suppose.
- La valeur globale est celle du portefeuille que Crypto Master connaît. La loi demande tous les actifs numériques du foyer, quel que soit leur support : un compte non relié ou un autre membre du foyer en sont absents.
- Les actifs sont valorisés au cours de clôture du jour de la cession. L’administration admet une cotation moyenne journalière ; la clôture en est une approximation.
- Le portefeuille est pris à la clôture du jour, corrigé des échanges et ventes faits après la cession ; les autres mouvements du même jour (transferts, récompenses) sont pris à la clôture.
- Le jour d’une cession, et donc son année, est celui du temps universel (UTC) : une vente du 1er janvier avant 1 h, heure de Paris, est rangée au 31 décembre, donc dans l’année précédente. Vérifiez une cession faite au tournant de l’année.
- Un jeton adossé au dollar (USDC, USDT…) sans cours ce jour-là est compté pour un dollar.
- Un reçu de prêt (aToken Aave, cUSDCv3 de Compound) sans cours ce jour-là est compté au cours de son sous-jacent : il le vaut un pour un. Une part de coffre n’y a pas droit.
- Les jetons reçus sans les avoir demandés sont exclus de la valeur globale : aucun marché ne les cote.
- Un échange entre actifs numériques, stablecoins compris, est traité comme en sursis d’imposition. Aucune doctrine ne traite les stablecoins à part : c’est une interprétation.
- Les frais d’achat payés en euros ou en dollars sont ajoutés au prix d’acquisition ; ceux payés en crypto ne le sont pas. Aucun texte ne vise expressément ces frais.
- Un solde négatif — une entrée manque à l’historique — qui vaut moins de 2 € ce jour-là (au cours du jour, ou à sa borne haute) est compté pour zéro dans la valeur globale. Au-delà, ou sans cours ni borne pour le juger, il reste une inconnue.
Quand des données manquent : une fourchette, pas un zéro
Un achat fait sur une plateforme que vous n’avez pas reliée, un cours introuvable, un retrait dont on ignore la nature : l’outil ne devine pas, et il ne compte jamais un cours inconnu à zéro sans le dire. Il encadre.
Le 2086 étant séquentiel, une inconnue ne fausse pas que sa cession : elle se transmet aux suivantes. Crypto Master suit donc deux trajectoires du prix total d’acquisition net. La plus-value croît avec la valeur globale et décroît avec le prix d’acquisition net : ces deux trajectoires encadrent toutes les autres.
- La basse : les achats au coût inconnu sont comptés à zéro — c’est une borne, pas une réponse — et les fractions retirées au plus fort.
- La haute : ils sont comptés à une estimation majorée, et les fractions retirées au plus faible.
Chaque cession reçoit donc une plus-value basse et une plus-value haute. Elle est fiable si l’écart tient dans la tolérance — 1 € par défaut, l’unité du formulaire. Sinon elle reste affichée, avec ses motifs, mais hors des totaux.
Une estimation ne sert qu’à borner, jamais à afficher. Un actif sans cours le jour d’une cession est estimé au cours connu le plus proche dans le temps, multiplié par 2 (à 31 jours au plus), ou par 10 au-delà. Sans aucun cours connu, il n’y a pas de borne et la cession est non fiable. Le calcul central, lui, n’emprunte jamais le cours d’un autre jour.
Le taux de fiabilité d’une année est la part des cessions fiables, pondérée par leur prix de cession net (ligne 218) : une poussière incertaine ne pèse pas comme une cession de trois mille euros. Un retrait en attente de qualification compte comme une cession non fiable. S’il n’y a rien à mesurer, il n’y a pas de taux — jamais « 100 % ».
L’impôt de l’année est encadré de la même façon, et dit certain quand les deux bornes coïncident : quoi qu’il manque encore à vos données, il ne changera pas.
L’écran classe ensuite ce qui ferait monter la fiabilité, de l’action qui rapporte le plus à celle qui rapporte le moins : chercher les cours manquants, qualifier les mouvements en attente, compléter l’historique… Le gain annoncé est un plafond.
Ce que la loi ne tranche pas
Quatre points ne sont tranchés clairement ni par le texte ni par la doctrine. Crypto Master ne vous demande pas de choisir : il retient une lecture par défaut, calcule aussi l’autre avec le même moteur, et dit ce que l’écart change à votre impôt de l’année. Jusqu’à 5 € d’écart, « ce choix ne change rien pour vous » ; au-delà, « point à faire valider par un professionnel ». Vous pouvez changer la lecture retenue.
Récompenses (staking, intérêts, airdrops)
Aucune doctrine ne fixe le prix d’acquisition d’une récompense de staking ou d’un airdrop pour le 2086. Le BOFiP répute nul le prix d’un actif dont on ne justifie pas le coût (BOI-RPPM-PVBMC-30-20, § 90) ; une récompense imposée comme revenu à sa réception pourrait entrer à sa valeur de ce jour. Le prix nul fait payer plus : c’est la lecture retenue par défaut.
Lecture par défaut : prix d’acquisition nul. Autre lecture : valeur au jour de réception.
EURX de Nexo
L’EURX représente des euros détenus chez Nexo. Aucun texte ne le traite ; Crypto Master le range parmi les jetons. En « actif numérique », l’acheter avec des euros est une acquisition et le revendre une cession ; en « monnaie », ce sont des changes, et une crypto vendue contre de l’EURX est une cession.
Lecture par défaut : actif numérique. Autre lecture : monnaie (euro).
Stablecoins
La loi place en sursis les échanges sans soulte entre actifs numériques (CGI, art. 150 VH bis, II-A). Ni le BOFiP ni la notice ne traitent les stablecoins à part : les échanger contre une autre crypto est donc lu comme un échange en sursis. L’autre lecture — des jetons de monnaie électronique au sens de MiCA, traités comme de la monnaie — fait de chacun de ces échanges une cession.
Lecture par défaut : actifs numériques, échanges en sursis. Autre lecture : monnaie, échanges imposables.
Assiette de la franchise de 305 €
La franchise porte sur la somme des prix de cession de l’année (CGI, art. 150 VH bis, II-B). Le formulaire additionne les prix nets de frais (ligne 51) ; impots.gouv.fr parle du « montant annuel brut des cessions ». Le brut franchit le seuil plus tôt : c’est la lecture prudente.
Lecture par défaut : prix bruts. Autre lecture : prix nets de frais (ligne 218).
Pour les récompenses et la franchise, la lecture par défaut est celle qui fait payer le plus : l’outil préfère surestimer l’impôt que le sous-estimer. Pour les stablecoins et l’EURX, laquelle des deux lectures fait payer plus dépend de vos données : l’écran le dit, année par année.
Le taux, la franchise et le report
Les plus-values sont imposées au prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d’impôt sur le revenu (CGI, art. 200 C) et des prélèvements sociaux.
Prélèvements sociaux : 17,2 % jusqu’aux cessions de 2024 (soit 30 % au total) ; 18,6 % pour les cessions de 2025 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12 : la CSG passe de 9,2 % à 10,6 %). Taux global pour 2025 : 31,4 %, soit 12,8 % + 18,6 %.
Le BOFiP ne reflète pas encore ce taux (BOI-RPPM-PVBMC-30-30, § 10 : 17,2 %) ; c’est la loi qui fait foi, et impots.gouv.fr indique lui-même un prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %.
Cessions de 2026 : même taux, à titre provisoire — une loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 peut le changer avant votre déclaration.
L’impôt affiché est la plus-value nette de l’année multipliée par ce taux ; une année nette négative ne coûte rien (CGI, art. 150 VH bis, IV).
Franchise : si la somme des prix de cession de l’année n’excède pas 305 €, vous êtes exonéré ; au-delà, tout est imposé dès le premier euro (CGI, art. 150 VH bis, II-B). Le formulaire additionne la ligne 218, nette de frais ; impots.gouv.fr parle de montant « brut » : c’est l’un des quatre points ci-dessus.
Le total des plus et moins-values (ligne 52 du 2086) se reporte en case 3AN (plus-value) ou 3BN (moins-value) de la déclaration 2042 C. Une moins-value ne s’impute que sur les plus-values de la même année et ne se reporte pas.
Ce qui n’est pas simulé
Le simulateur ne couvre pas, aujourd’hui :
- l’option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu (case 3CN), qui dépend des revenus de tout votre foyer ;
- la contribution sur les hauts revenus ;
- les NFT, qui relèvent d’un régime à part (CGI, art. 150 VH ter) pour les cessions depuis le 1er janvier 2026 ;
- les cessions des autres membres de votre foyer, et les comptes ou wallets que vous n’avez pas reliés à Crypto Master : la loi demande la valeur de tous vos actifs numériques, où qu’ils soient.
Si l’un de ces cas vous concerne, les montants affichés sont un point de départ.
Le 3916-bis
Les comptes d’actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d’organismes établis à l’étranger se déclarent avec la déclaration de revenus (CGI, art. 1649 bis C). Les données de Crypto Master ne savent pas si un compte est encore ouvert chez la plateforme : elles savent s’il a bougé et s’il portait quelque chose. D’où trois signaux, du plus sûr au moins sûr :
- un mouvement pendant l’année : le compte a été utilisé ;
- un solde non nul au 1er janvier : le compte était détenu ;
- ce que vous déclarez vous-même (dates d’ouverture et de clôture) : c’est le seul moyen de retenir un compte ouvert mais vide.
Un compte écarté n’est jamais caché : il est listé avec son motif. Si ce que vous déclarez contredit vos données, le compte est signalé « à vérifier » plutôt que tranché. Les portefeuilles en auto-conservation ne sont pas listés — c’est une lecture du texte, à vérifier : aucune doctrine officielle ne les exclut expressément.
Sources
Textes consultés les 6 et 10 octobre 2026. Ils peuvent avoir changé depuis.
- CGI, art. 150 VH bis (plus-values sur actifs numériques)
- CGI, art. 200 C (taux forfaitaire)
- BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-10 (champ d’application, franchise)
- BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-20 (base d’imposition, exemples chiffrés)
- BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-30 (taux, option pour le barème)
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, art. 12
- Formulaire n° 2086, millésime 2026 (revenus 2025)
- CGI, art. 1649 bis C (comptes d’actifs numériques à l’étranger)
- Formulaire n° 3916-3916 bis, cerfa n° 11916*13
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