Ledger, wallet, exchange : que déclarer si vous n’avez rien vendu ?

Vous achetez des cryptos, vous les gardez sur un exchange ou sur un Ledger, et vous n’avez rien vendu. La plus-value attend votre première vente, mais un compte, lui, peut se déclarer dès cette année.

Un portefeuille matériel, un exchange et un formulaire 3916-bis aux cases en partie cochées, reliés par des pointillés, sous la question « Rien vendu ? ».

Faut-il déclarer ses cryptos sans les avoir vendues ? Oui pour une partie, non pour l’autre, et tout tient en deux formulaires qui ne posent pas la même question. Le 2086 demande ce que vous avez gagné en vendant. Le 3916-bis demande où vous gardez vos cryptos. J’ai ouvert sept comptes sur des plateformes depuis 2023, et suivi dix-huit wallets sur sept réseaux : pour 2025, cinq de ces comptes de plateforme sont à déclarer, que j’y aie vendu ou non.

Tableau en cinq lignes. Vendu contre des euros, ou payé un bien ou un service en crypto : une cession, au formulaire 2086, exonérée si les prix de cession de l’année ne dépassent pas 305 €. Échangé une crypto contre une autre sans soulte : sursis d’imposition. Gardé un compte sur une plateforme dont l’entité est établie hors de France : 3916-bis chaque année, même sans vente. Gardé ses cryptos sur un wallet dont on a seul les clés : le critère du 3916-bis est la personne qui les reçoit en dépôt. Envoyé ses cryptos d’un exchange vers son propre wallet : ni vente ni échange
Deux formulaires, deux questions : ce que vous avez vendu, et où vous gardez vos cryptos.

Sans vente, pas de plus-value au 2086

Une plus-value naît d’une cession. Le BOFiP définit le prix de cession comme « le montant reçu en monnaie ayant cours légal ou [la] valeur du bien acquis […] ou du service fourni en contrepartie des actifs numériques cédés » (BOI-RPPM-PVBMC-30-20, § 30, lu le 19/10/2026). Trois gestes en créent donc une : vendre contre des euros, acheter un bien avec des cryptos, payer un service avec.

Échanger une crypto contre une autre n’en fait pas partie. La page d’impots.gouv.fr le dit en une phrase : « les opérations d’échange sans soulte d’actifs numériques bénéficient d’un sursis d’imposition » (impots.gouv.fr, page modifiée le 17/07/2026, lue le 19/10/2026). Passer de l’ether au LINK ne crée donc aucune plus-value cette année-là. Elle se calculera à la première vente contre des euros.

Envoyer vos bitcoins d’un exchange vers votre Ledger n’entre dans aucune de ces définitions : rien n’est reçu en contrepartie. Les mêmes cryptos changent seulement d’endroit, ce qui compte pour le second formulaire, pas pour le premier.

Même quand une vente a lieu, la même page fixe un seuil. Vous êtes exonéré « lorsque la somme des prix de cession […] n’excède pas 305 € au cours de l’année d’imposition ». C’est le total des prix de vente qui compte, pas la plus-value.

Reste une question à part : les revenus reçus sans rien vendre, comme le staking ou les intérêts d’un produit d’épargne. Elle est présentée sur la page déclaration crypto, et Crypto Master chiffre ces revenus dans un relevé annuel, valorisés le jour où vous les recevez.

Ce qui se déclare même sans vente : le compte

Le formulaire 3916-bis ne parle pas de gains. Il recense les comptes. La notice du formulaire 3916 (cerfa n° 11916*13, édition de mars 2026, relue le 19/10/2026) dit que « la déclaration concerne tout compte ouvert, détenu, clôturé ou utilisé à l’étranger, pendant tout ou partie de l’année n ».

Quatre verbes, et il suffit d’un seul. Un compte resté ouvert toute l’année sans aucun mouvement est un compte détenu. Un compte fermé en mars est un compte clos dans l’année. Les deux se déclarent pour cette année-là, comme celui où vous achetez chaque mois.

À qui le compte doit-il être confié ?

La même notice précise quels comptes sont visés : « ceux ouverts hors de France auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des actifs numériques ». Le BOFiP parle de comptes ouverts « auprès d’entreprises, personnes morales, institutions ou organismes établis à l’étranger » (BOI-RPPM-PVBMC-30-30, § 70, publié le 23/04/2024, lu le 19/10/2026).

Ce qui compte est donc l’entité qui tient votre compte, pas la marque de l’application. Une même plateforme peut contracter avec ses clients français par une société établie en France, en Irlande ou à Malte, et en changer. Cette entité est nommée dans les conditions d’utilisation que vous avez acceptées : c’est là qu’il faut la lire, année par année.

Comment, et quand

La déclaration se fait avec votre déclaration de revenus. En ligne, impots.gouv.fr indique que ces comptes « doivent être renseignés en fin de procédure » ; sur papier, par l’imprimé n° 3916-3916 bis joint à la déclaration. La date limite est celle de la déclaration de revenus (actualité impots.gouv.fr « Modalités de déclaration des comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger », modifiée le 06/05/2024, lue le 19/10/2026).

Un formulaire se remplit par compte : le numéro du compte ou l’adresse e-mail d’ouverture, les dates d’ouverture et de clôture, l’organisme gestionnaire et l’usage. Pour l’organisme, la notice donne une liste de trente codes, de 001 à 030. Une plateforme absente de la liste se désigne par son nom, son adresse postale et son URL.

Ce que coûte un compte oublié

L’amende est fixée par l’article 1736 du Code général des impôts, en son X. Dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, il prévoit « une amende de 750 € par portefeuille ou par crypto-actif unique et non fongible non déclarés ou de 125 € par omission ou inexactitude, dans la limite de 10 000 € par déclaration » (CGI, art. 1736, sur Légifrance, lu le 19/10/2026).

Les montants passent à 1 500 € et 250 € quand la valeur des portefeuilles concernés dépasse 50 000 € « à un moment quelconque de l’année ». La notice de mars 2026 et le BOFiP (BOI-RPPM-PVBMC-30-30, § 80) donnent les mêmes chiffres. Il n’y a là aucune vente en jeu : c’est le prix d’un compte oublié, même vide de gains.

Un mot sur le vocabulaire. Depuis le 1er juillet 2026, l’article 1649 bis C, qui fonde le 3916-bis, parle de « portefeuilles de crypto-actifs » là où la notice de mars 2026 dit « compte » (Légifrance, lu le 19/10/2026).

Et votre Ledger ?

Un Ledger n’est pas un compte ouvert auprès de quelqu’un. Les clés sont dans l’appareil, et aucune société ne reçoit vos cryptos en dépôt. Les textes relus le 19/10/2026 ne nomment pas les wallets : ils définissent le compte à déclarer par la personne qui reçoit les actifs en dépôt, et c’est ce critère qu’ils vous laissent appliquer.

La même question vaut pour tout wallet. Un MetaMask, un Phantom ou un Ledger dont vous seul avez la phrase de récupération répondent de la même façon. Un « wallet » ouvert dans l’application d’un exchange, lui, est un compte chez cet exchange : la plateforme garde les clés.

Le Ledger ne fait pas disparaître le compte d’où viennent vos cryptos. Si vous avez acheté sur un exchange puis tout transféré vers votre Ledger, ce compte a été utilisé dans l’année, et il reste détenu tant que vous ne l’avez pas clos. Suivre ces transferts se fait par l’adresse publique du Ledger, sans le brancher : c’est expliqué dans suivre son Ledger sans le brancher.

Faire la liste à la main

Avant de remplir quoi que ce soit, il faut la liste de vos comptes pour l’année. Pour chaque plateforme :

  1. Le compte a-t-il été ouvert, détenu, utilisé ou clos pendant l’année ? Un seul oui suffit.
  2. Quelle entité nomment les conditions d’utilisation que vous avez acceptées, et où est-elle établie ?
  3. Quelles sont ses dates d’ouverture et, le cas échéant, de clôture ?
  4. Quel est son code dans la liste de la notice, ou à défaut son nom, son adresse et son URL ?

La première question est la plus traîtresse. On oublie le compte ouvert pour une promotion en 2023, resté avec quelques centimes de poussière. Sur mes sept plateformes, seules deux sont encore actives. Les cinq autres sont fermées ou en pause, et ce sont pourtant elles, toutes les cinq, qui composent ma liste de comptes à déclarer pour 2025. La deuxième question change aussi d’une année à l’autre, au gré des agréments européens.

Ce que fait Crypto Master

Crypto Master part de vos comptes reliés et prépare le 3916-bis année par année. Pour chaque compte d’exchange, il dit pourquoi il est retenu : mouvements dans l’année, solde au 1er janvier, ou date d’ouverture que vous indiquez. Il propose l’entité contractante, sourcée et datée, et son code dans la liste du formulaire. Il en sort un 3916-bis prérempli en PDF. Vos wallets sont rangés à part, suivis par leur adresse publique, sans phrase de récupération.

Le haut de la page 3916-bis du compte de démonstration, pour 2025 : deux comptes à déclarer, aucun champ à compléter, et le bouton du formulaire 3916-bis prérempli en PDF
Le résumé de l’année, et le PDF à emporter.
La carte du compte Kraken de la démonstration : les rubriques 4.1 à 5 du formulaire, le code 020 de la liste, l’entité proposée avec son pays et la source consultée
Une carte par compte, un formulaire par carte.

Le simulateur du 2086 répond à l’autre question : y a-t-il eu une cession cette année, et dépasse-t-elle le seuil de 305 € ?

La synthèse 2024 du simulateur 2086 de la démonstration : total des prix de cession de 244 €, sous le seuil de 305 €, exonéré, impôt de l’année 0 €, certain
Portefeuille fictif, calcul indicatif.

Il prépare les chiffres, vous déposez. Le 2086, l’aide au 3916-bis et leurs documents sont inclus dans toutes les offres, gratuite comprise (tarifs), et la méthode de calcul est publique. Pour relier un exchange sans risque, voyez créer une clé API en lecture seule.

Questions fréquentes

Faut-il déclarer ses cryptos sans les avoir vendues ?

Sans cession dans l’année, il n’y a pas de plus-value à reporter au 2086. Un compte ouvert auprès d’une plateforme dont l’entité est établie hors de France se déclare en revanche au 3916-bis chaque année, même sans vente.

Mon Ledger se déclare-t-il au 3916-bis ?

La notice vise les comptes ouverts auprès d’une personne « qui reçoit habituellement en dépôt » des actifs numériques. Un Ledger dont vous seul avez les clés n’est confié à personne : c’est ce critère qu’il faut appliquer.

Un échange crypto contre crypto est-il imposable ?

Un échange sans soulte bénéficie d’un sursis d’imposition, d’après impots.gouv.fr. La plus-value se calcule à la première cession contre des euros, un bien ou un service.

Que coûte un compte crypto non déclaré ?

750 € par portefeuille non déclaré, ou 125 € par omission ou inexactitude, dans la limite de 10 000 € par déclaration (CGI, art. 1736, X, en vigueur depuis le 01/07/2026, lu le 19/10/2026). Ces montants passent à 1 500 € et 250 € au-delà de 50 000 € de valeur dans l’année.

Un compte fermé se déclare-t-il ?

Il se déclare pour l’année de sa clôture : la notice vise tout compte « ouvert, détenu, clôturé ou utilisé » pendant tout ou partie de l’année.

Voyez un 3916-bis prérempli et un 2086 rempli sur un portefeuille fictif, sans créer de compte.

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